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Dans cette rubrique alwen.com vous propose le point de vue d'un spécialiste du Moyen-Orient.
Le Qatar, petit émirat de la péninsule arabique connaît une prospérité qui fait des envieux. Le pari industriel lancé il y a quelques années est une réussite et lui assure de confortables revenus. L'émir Hamad Ben Khalifa al Tani s'est lancé dans une diplomatie active.
A. Sfeir
 
  Une position géographique, source de contentieux
  Une éponge de pétrole et de gaz
  Rapports mouvementés avec Bahreïn
  Des contentieux en attente de jugement
  La richesse gazière
  Revendication iranienne
  États-Unis : les ventes d'armes sur la sellette
  Ex-bloc communiste
  France : des relations particulières
  Grande Bretagne : nostalgie coloniale
  L'Arabie Séoudite
  Iran : profil bas
 
Une position géographique, source de contentieux

Puisqu'il est presque une île, l'Emirat de Qatar rencontre à peu de choses près les problèmes géopolitiques de cette configuration spatiale : des contentieux relatifs à la délimitation du plateau continental. Ce pays, doté d'une superficie d'à peine onze mille cinq cents kilomètres, est souvent appelé le doigt de la péninsule, une protubérance rattachée par sa base au socle saoudien qui s'avance vers les côtes iraniennes en direction du nord. Les quatre cents bateaux de pêche qui formaient la richesse de l'émirat avant l'aventure pétrolière témoignent d'une certaine " vocation " sinon insulaire, du moins côtière du lieu.
Cette révélation ombilicale ne posait pas de problème jusqu à présent, car le contact avec le puissant voisin ne mettait pas en jeu les ressources souveraines vitales de la région, les nappes d'hydrocarbures. En effet, toute la problématique géopolitique de ce pays et les problèmes de sécurité qui en découlent sont fondés sur la relation entre la définition du territoire étatique et la localisation des ressources, problèmes qui se posent au-delà de la ligne du rivage vers Bahreïn et vers l'Iran.
Ce contact mal défini géographiquement a été autrefois la source d'un différend frontalier avec l'Arabie Saoudite. Celui-ci a éclaté en septembre 1992 et entraîné la suspension par le Qatar de l'accord frontalier de 1965. Le Qatar s'est de plus retiré de la force commune du CCG. Des négociations en cours afin de régler à l'amiable et par voie diplomatique le litige ont abouti en l'an 2000.


Une éponge de pétrole et de gaz


Peuplé de quatre cent mille habitants, mais de seulement quatre-vingt-dix mille autochtones qataris, l'émirat est posé sur une éponge de pétrole et de gaz, mais une éponge essentiellement marine. Les premiers champs ont été découverts sur la terre ferme (Dukhan, 1949),mais ce sont des champs offshore qui ont vite assuré la majorité de la production : Idd al sharqi, 1960 Bul Hanine, 1970. Le champ d'Al Boundouq, situé à la frontière avec Abu Dhabi, a été partagé entre les deux pays, ainsi que sa production. Les choses semblent claires avec Les Emirats Arabes Unis, et l'île de Haloul, sur laquelle est bâti un important centre de stockage et d'exportation, n'a pas fait l'objet de contentieux.


Rapports mouvementés avec Bahreïn


En revanche, les rapports ont été et sont toujours mouvementés. Dès l'indépendance, qui eut lieu le 3 septembre 1971, la souveraineté sur l'île de Hawar fut contestée, dans la foulée de celle sur la ville de Zubara, sise sur la péninsule qatarie, mais dont la population faisait allégence à l'émir de Bahrein. Ce qui est en réalité l'archipel de Hawar, est un ensemble de récifs très proches des côtes qataries, amis sous souveraineté bahrainie, ce qui limite considérablement l'extension vers l'Ouest du plateau continental de Qatar, de surcroît une zone peu explorée à ce jour.
La cour internationale de justice de la Haye a été saisie, à l'initiative du Qatar, de cette épineuse question qui assombrit les relations entre les deux émirats.


Des contentieux en attente de jugement


Peuplé de quatre cent mille habitants, mais de seulement quatre-vingt-dix mille autochtones qataris, l'émirat est posé sur une éponge de pétrole et de gaz, mais une éponge essentiellement marine. Les premiers champs ont été découverts sur la terre ferme (Dukhan, 1949),mais ce sont des champs offshore qui ont vite assuré la majorité de la production : Idd al sharqi, 1960 Bul Hanine, 1970. Le champ d'Al Boundouq, situé à la frontière avec Abu Dhabi, a été partagé entre les deux pays, ainsi que sa production. Les choses semblent claires avec Les Emirats Arabes Unis, et l'île de Haloul, sur laquelle est bâti un important centre de stockage et d'exportation, n'a pas fait l'objet de contentieux.


La richesse gazière


La Qatar c'est aussi depuis le 3 septembre 1991, un des plus importants producteurs potentiels de gaz de la région, avec l'ouverture du champ gazier du North Dome ou North Field. Découverte en 1971, cette véritable poche de gaz non associé couvre une surface de six mille kilomètres carrés et renferme cinq mille milliards de mètres cubes. La première phase de production est entrée en service pour alimenter dans un premier temps la consommation locale. Tout irait bien dans le meilleur des mondes si ce dôme ne s'étendait au-delà des eaux qataries. C'est en tout cas ce qu'ont affirmé les dirigeants iraniens, qui ont entrepris de le prouver, forages à l'appui.


Revendication iranienne


Dénommé " Pars " sud dans la terminologie des ingénieurs de la NIOC (Iran), le champ a effectivement été évalué côté iranien, avec succès en 1992. La revendication de Téhéran sur don " dû " est explicite, mais elle ne peut pas prendre automatiquement une forme agressive. Le Qatar a su attirer des investisseurs étrangers dans son projet d'exportation et de transformation industrielle. L'Iran de la reconstruction et d'une certaine normalisation pourrait aussi bien être intéressé non pas par la perspective d'une hausse des enchères militaires, mais par celle d'une coopération économique et financière certainement plus fructueuse.


États-Unis : les ventes d'armes sur la sellette


S'alignant sur la ligne politique de l'Arabie Saoudite, le Qatar se retrouve tout naturellement dans le camp pro-occidental. Mais ses relations avec les Etats-Unis ont connu ses dernières années quelques accrocs au sujet des ventes d'armes américaines à l'émirat. En août 1988, après la découverte des missiles Stinger au Qatar - qui a refusé d'en indiquer la provenance - le Sénat approuve une motion interdisant la vente d'armes à l'émirat. Néanmoins, la guerre du golfe a resserré les liens entre les deux pays en raison de l'attitude extrêmement conciliante qu Qatar conscient de sa vulnérabilité.


Ex-bloc communiste


Le Qatar, dans la foulée de ses voisins, a établi en 1988 des relations diplomatiques avec l'URSS, un mois après avoir noué des relations similaires avec la Chine. A l'heure actuelle, le Qatar entretient des relations diplomatiques avec les principaux pays de l'ex-bloc de l'Est.


France : des relations particulières


Depuis la visite à Paris de l'émir en 1975, première visite d'Etat de celui-ci en Europe, les rapports franco-qataris se sont renforcés. La présence française n'est pas très forte en termes statistiques - la colonie ne dépasse pas 500 personnes - mais les deux côtés on tient à soigner les relations. Au début l'amitié s'est peut-être nourrie d'une vague rancœur contre les Anglais : le Qatar, intégré tard dans le système des protectorats, y était toujours subordonné à Bahreïn. C'est dans le domaine de l'armement que l'amitié franco-qatarie est la plus fructueuse. La France entre autre à l'Emirat des Mirages et des Exocets, en échange de livraisons de pétrole.


Grande Bretagne : nostalgie coloniale


Qatar, comme toute la péninsule arabique, n'a pas échappé à l'influence britannique. A travers l'histoire, les soldats de sa Majesté ont, tour à tour, expulsé les Perses et protégé les émirs des convoitises turque. En échange, les cheikhs se sont laissé imposer des traités " exclusifs " et " éternels ". Ils comportaient tous en effet une clause interdisant au Prince signataire de céder, de louer, d'affermer ou de prêter sous quelque forme et pour quelque raison que ce soit la moindre partie de son territoire sans l'autorisation de la Puissance tutélaire. Ces accords ne mentionnaient aucune limitation de durée. Des traités politiques suivaient tandis que des concessions pétrolières exclusives étaient accordées par les princes du Golfe à la puissance tutélaire. Après Koweit, Bahreïn, c'est au tour de Qatar qui signe en 1916 un accord de ce genre. Après le retrait britannique de la péninsule en 1971 un accord de ce genre. Après le retrait britannique de la péninsule en 1971, la Grande-Bretagne a signé avec ses anciens sujets des traités d'amitié. Au Qatar, la présence britannique se chiffre à environ 5000 personnes.


L'Arabie Séoudite


Minuscule Etat, à peine plus grand que l'Alsace (est de la France) et qui ne compte que 250 000 habitants (dont moins de la moitié sont des autochtones), le Qatar n'a qu'un poids dérisoire sur la scène politique internationale. Etat bâti sur les pétrodollars, l'émirat ne prétend pas mener de politique propre. La famille régnante se flatte de sa parenté avec les al Saoud. L'appartenance au même courant religieux, le wahhabisme, renforce encore cette union. Aussi la diplomatie qatarie s'aligne-t-elle sur celle de Ryad. Par ailleurs, Qatar a signé le 21 février 1982 un accord de sécurité avec l'Arabie Saoudite. En septembre 1992 éclate un incident frontalier avec l'Arabie Saoudite dans la région de Khafous. Qatar suspend suspend l'accord frontalier de 1965 et boycotte les réunions du CCG jusqu'à la médiation du président égyptien, Moubarak, qui réuni à Médine (décembre 1992), le roi Fahd et le cheikh Khalifa. Les deux parties convenaient finalement de mettre à exécution l'accord frontalier de 1965.


Iran : profil bas


Après quelques remous locaux au moment de la évolution iranienne, le Qatar a adopté un profil bas dans la guerre Irak-Iran. Pour les premières années de la guerre, il s'est borné à accorder, sans trop d'enthousiasme, des subsides à l'Irak pour les supprimer ensuite au nom de la nouvelle austérité. L'Iran de son côté a plusieurs fois provoqué le Qatar comme en 1989 lorsque le ministre iranien du pétrole, Gholamreza Aqadeh e revendiqué le tiers du gigantesque champ gazier de North Field.

Mais depuis quelques années les pays de la région ont d'autres préoccupations vis-à-vis du Qatar, voyant les autorités de l 'émirat engager le pays dans un processus démocratique qui les inquiète plus que les richesses éventuelles du sous-sol.

A la fin mars 2002 le Qatar a organisé une conférence internationale sur le thème " Démocratie et Liberté " . Cette initiative s'inscrit dans le cadre de la volonté des autorités de poursuivre la réflexion sur la démocratisation de la vie politique du pays dans la perspective d'une participation accentuée des citoyens. Ce processus initié en mars 1999 avec les élections municipales au cours desquelles les femmes ont pu voter et être éligibles pour la première fois devra être suivi en 2003 par l'élection au suffrage universel d'un Conseil législatif dans le cadre d'une nouvelle constitution. Le comité chargé d élaborer cette nouvelle constitution doit achever ses travaux d'ici la rentrée 2002/03.

Dans son discours inaugural l'Emir a déclaré que " l'avenir de la région dépend largement du succès à instaurer une démocratie et les principes d'une liberté politique et économique soulignant que la stabilité politique ne pourrait être dissociée de la stabilité économique et sociale.
Le Qatar ambitionne, à travers l'organisation de conférences internationales, de s'affirmer aussi bien sur la scène régionale qu'internationale. En réunissant ce séminaire pour alimenter la réflexion sur les nouvelles règles de commerce international et le lien avec la démocratie, l'émir réaffirme son engagement dans le processus démocratique en cours dans le pays et entend inciter les autres pays de la région à le suivre dans cette voie. Cela n'est pas du goût des saoudiens qui estiment qu'il va trop vite et trop loin mais, pur le moment la ligne rouge n'est pas encore franchie, et surtout, les décisions restent du ressort de l'émir. En effet, la population ne s'est en aucun cas appropriée la démarche impulsée par les autorités qataries. Ces dernières reconnaissent d'ailleurs que l'expérience lancée en 1999 n'est pas encore concluante et que le conseil municipal élu, peine à remplir sa mission. La question de formation des élites se pose et il est vrai qu'ils ne sont pas à la hauteur de la tâche qui les attend. Ce sont encore les réflexes tribaux qui priment, il n'y a pas d'opposition à proprement parler et les nationaux, peu nombreux, s'en remettent à l émir pour les décisions importantes à prendre. Il n'y a pas de tradition de conscience politique comme au Koweït, et si, en 1998-1999, des critiques se faisaient entendre en raison des difficultés financières dues à la baisse des cours de l'or noir, aujourd'hui, les perspectives étant redevenues bonnes et l'activité économique florissante, les critiques se sont tues . Il n'en demeure pas moins que l'émir est convaincu de la nécessité de remettre en question la mentalité d'assisté qui prime.

Le Qatar est le pays le plus riche de la zone grâce à ses fabuleuses réserves de gaz. Le pari gazier lancé par les autorités est pleinement gagné aujourd'hui. En effet, de gros contrats ont été signés sur 25 ans pour acheter le gaz , avec des clients solides comme le Japon, la Corée, l'Inde ou encore l'Espagne, ce qui offre de bonnes perspectives. Le projet Dolphin qui porte la production de gaz à partir de deux blocs du gisement géant North Field, situé au large des côtes du Qatar, et la construction d'un gazoduc de 3510 km pour acheminer le gaz vers les zones industrielles d'Al-Tawilah à Abu Dhabi, et de Djebel Ali à Dubaï (dans les Emirats Arabes Unis) va permettre à Doha d'exporter 150 000 m3 de gaz par jour.

Le budget 2002-03 (l'année fiscale va d'avril à mars) vient d'être approuvé par le gouvernement. Les dépenses sont évaluées à US$ 5, 49 mds, soit une progression de 14% par rapport à l'année dernière et les revenus à US$ 5mds. Le déficit prévu est évalué à près de US$ 500 mns alors que, dans l'exercice précédent, une excédent de US$ 136, 5 mns était envisagé. Mais en raison de la bonne tenue des prix de l'or noir au cours de l'année écoulée, le résultat positif serait en fait de l'ordre de US$ 600 mns. Les calculs avaient été faits sur la base d'un baril à US$ 16 (et dans le nouvel exercice la base retenue est de US$ 16, 5) alors qu'il s'est vendu en moyenne US$ 21, 5 sur les neufs premiers mois de l'année fiscale budgétaire. Quant au service de la dette, qui a atteint un pic de remboursement durant l'exercice qui vient de s'achever, à US$ 1,4 md, il ne sera plus que de US$ 1 md cette année pour tomber à US$ 660 mns en 2003-04. Donc le service de la dette ne représente plus une contrainte trop forte sur le budget. L'interrogation, en revanche, porte sur le montant des réserves en devises. D'après la mission économique à Doha, les excédents tirés des deux exercices précédents, après service de la dette, sont estimés à US$ 4,5 mds.

Sur le plan régional, Doha souhaite la réintégration de l'Irak car elle estime qu'un contrepoids est indispensable aux deux pays hégémoniques de la région, c'est-à-dire l'Arabie Saoudite et l'Iran. L'alliance stratégique avec les Etats-Unis devrait permettre à Washington d'utiliser l'émirat en cas d'attaques contre l'Irak, mais Doha se garde la carte de la France comme un partenaire stratégique pour éviter de dépendre uniquement des Américains. De la même manière à l'égard des pays de la région, le Qatar a attendu de longs mois avant de fermer le bureau israélien.